Une dépendance circulaire est une situation où deux ou plusieurs composants ont besoin l’un de l’autre pour fonctionner ou démarrer. Si cette logique est acceptable en fonctionnement nominal, elle devient un piège mortel en situation de crise.

Ignorer ces dépendances, c’est accepter le risque d’un « blocage total » (Deadlock) où aucune action corrective n’est possible sans une intervention manuelle complexe et stressante.

L’anatomie du blocage : Pourquoi tout s’arrête ?

Le scénario le plus redoutable est celui du « Cold Start » (démarrage à froid).

Imaginez une coupure électrique totale de votre datacenter. Lors de la remise sous tension, chaque brique doit démarrer dans un ordre précis.

Si votre architecture est circulaire, vous vous retrouvez dans cette situation :

  • vCenter ne peut pas démarrer car son stockage est sur un vSAN qui n’est pas monté.
  • Le vSAN ne monte pas car il attend des configurations réseau de vCenter.
  • Le réseau ne converge pas car les switches dépendent de NSX, qui lui-même attend vCenter.

C’est l’effet domino inversé : rien ne peut démarrer car tout attend « quelque chose » qui est éteint.

Les 3 types de dépendances circulaires les plus critiques

A. La dépendance Réseau (vCenter vs vDS)

C’est la plus fréquente, celle que nous avons abordée dans nos précédents articles : vCenter et vDS : Le piège à éviter

  • Le Piège : Utiliser un portgroup en Static Binding.
  • La Rupture : vCenter est éteint -> L’hôte ESXi demande au vDS un port pour démarrer vCenter -> Le vDS répond : « Demande à vCenter, c’est lui qui gère les ports ».
  • Résultat : Impossible de démarrer le gestionnaire car il n’a pas de prise réseau.

B. La dépendance de Résolution (vCenter vs DNS)

VMware s’appuie lourdement sur le FQDN.

  • Le Piège : Vos serveurs DNS (Active Directory ou autre) tournent sur le cluster géré par vCenter.
  • La Rupture : Pour démarrer et s’authentifier, vCenter doit résoudre ses propres composants via le DNS. Si le DNS est éteint, vCenter échoue au démarrage. Si vCenter est éteint, vous ne pouvez pas démarrer les VM DNS facilement via l’interface vCenter centralisée.
  • Résultat : Un vCenter qui boucle sur des erreurs de services « Identity Management » ou « Directory Service ».

C. La dépendance du Stockage (vCenter vs vSAN/iSCSI)

  • Le Piège : Héberger la VM vCenter sur un datastore dont la gestion dépend de vCenter lui-même (comme certains déploiements vSAN mal isolés ou des baies de stockage gérées par un plugin vCenter).
  • La Rupture : Si le stockage nécessite une intervention de vCenter pour monter les volumes (ou pour gérer les politiques de stockage SPBM), et que vCenter est sur ce stockage, vous perdez l’accès aux fichiers .vmx et .vmdk.

Analyse d’architecte : Comment casser ces boucles ?

Pour construire une infrastructure résiliente, il faut appliquer le principe du « Bootstrap », certains composants doivent être « auto-suffisants ».

Stratégie 1 : L’isolation du plan de management

Ne mélangez jamais la gestion et la production à 100%.

  • Utilisez des portgroups éphémères ou des vSwitch standards pour vCenter, les DNS et les contrôleurs de domaine.
  • Si possible, dédiez un petit datastore local (ou un RAID de disques SSD sur l’hôte) pour stocker uniquement l’appliance vCenter. Cela garantit qu’elle démarrera, peu importe l’état du réseau de stockage (SAN/vSAN).

Stratégie 2 : La résolution « Survivaliste »

  • Fichiers Hosts : Renseignez les IPs des hôtes ESXi et de la gateway dans le fichier /etc/hosts de l’appliance vCenter.
  • DNS Redondant : Gardez toujours un contrôleur de domaine (ou un DNS secondaire) sur un vSwitch standard pour qu’il puisse démarrer en toute autonomie.

Stratégie 3 : L’accès « Out-of-Band »

Assurez-vous que vos outils d’administration (votre bastion ou votre serveur de rebond) ne dépendent pas de l’infrastructure qu’ils sont censés gérer.

Si votre VPN ou votre bastion nécessite que vCenter soit « UP » pour vous laisser entrer, vous ne pourrez jamais réparer vCenter en cas de panne.

Le test ultime : Le « Chaos Engineering »

La meilleure façon de savoir si vous avez une dépendance circulaire est de simuler une panne totale.

  1. Documenter la procédure et l’ordre de démarrage.
  2. Planifier des tests d’arrêt et de démarrage de l’infrastructure.

Conclusion

Une infrastructure VMware performante est une infrastructure qui sait être simple quand tout va mal.

Le vDS, le vSAN et NSX sont des technologies formidables pour la production, mais elles ne doivent jamais devenir les geôlières de votre vCenter.

Le design idéal ? Un vCenter « Bootstrap » : réseau éphémère, stockage stable, et DNS redondant.

C’est le prix à payer pour ne jamais être spectateur d’une panne que vous ne pouvez pas corriger.

Badr Eddine CHAFIQ